La première ferme de viande cultivée au monde ouvre ses portes
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Le 5 juin, GAIA était présent à Schipluiden, aux Pays-Bas, pour l’inauguration de la première ferme de viande cultivée au monde. Porté par RespectFarms, ce projet inédit montre que la viande sans abattage n’est plus seulement une idée à concrétiser : elle s’inscrit désormais dans un environnement agricole réel, avec les agriculteurs.
Le décor n’était pas celui d’un site de production fermé, mais bien celui d’une ferme. À Schipluiden, en Hollande, agriculteurs, chercheurs, entrepreneurs, responsables publics, investisseurs, acteurs de la biotech et organisations de défense des animaux se sont réunis le 5 juin autour d’un moment symbolique : l’inauguration officielle de la première ferme de viande cultivée au monde.
Installée sur une exploitation laitière en activité, cette ferme pilote est portée par RespectFarms en collaboration avec l’agriculteur Corné van Leeuwen. L’objectif est clair : explorer comment l’agriculture cellulaire peut devenir une partie intégrante des systèmes agricoles de demain, en créant de nouveaux modèles économiques pour les agriculteurs et en maintenant ceux-ci au cœur de la production alimentaire.
Pour GAIA, présent lors de cette inauguration, ce moment marque une étape importante. Depuis des années, la viande cultivée est présentée comme une innovation prometteuse pour réduire la souffrance animale. Mais elle restait souvent perçue comme abstraite, lointaine ou réservée à des start-ups technologiques. À Schipluiden, elle a pris une forme beaucoup plus concrète : celle d’une ferme, de portes ouvertes, de visites guidées, d’échanges avec des agriculteurs et d’un débat sur l’avenir de notre alimentation.
Produire de la viande, pas des animaux
La viande cultivée est produite à partir de cellules animales que l’on fait croître en environnement contrôlé. Il ne s’agit donc pas d’un substitut végétal, mais bien de viande issue de cellules animales, produite sans devoir élever un animal et sans abattage d’un animal pour chaque production.
Le procédé repose sur la culture cellulaire, dans des cuves comparables, à celles utilisées pour des procédés de fermentation comme la bière, le yaourt ou le fromage. Ce type de viande est donc de la vraie viande animale, mais produite autrement.
La technologie est encore en phase de développement. Elle doit encore franchir des étapes scientifiques, économiques et réglementaires. Mais elle ouvre une perspective majeure : produire de la viande autrement, en réduisant fortement le recours aux animaux et en évitant l’abattage.
C’est précisément ce qui rend le projet de RespectFarms intéressant. Son ambition n’est pas de construire une immense usine coupée du monde agricole, mais de tester un modèle à l’échelle de la ferme. RespectFarms veut montrer que les agriculteurs peuvent être acteurs de cette transition, et non simples spectateurs d’une innovation développée ailleurs. Dans son approche, il s’agit de produire de la viande, pas des animaux, sur des fermes et avec des agriculteurs.
Une première mondiale ancrée dans le monde agricole
Trop souvent, le débat sur la viande cultivée est présenté comme une opposition entre innovation et agriculture. Or l’inauguration du 5 juin a montré une autre voie : celle d’une filière qui pourrait être construite avec les agriculteurs, en tenant compte de leurs réalités économiques, de leurs savoir-faire et de leur rôle dans les territoires.
Pour de nombreux agriculteurs, les défis sont déjà considérables : hausse des coûts, pression environnementale, attentes sociétales, incertitude réglementaire, volatilité des marchés. La viande cultivée ne remplacera pas du jour au lendemain les modèles existants. Mais elle devient une piste de diversification, au même titre que la transformation à la ferme, la vente directe, l’agritourisme ou la production d’énergie renouvelable.
Un écosystème réuni autour d’une même question
L’inauguration de Schipluiden ne s’est pas déroulée isolément. La veille, le 4 juin, le premier Cell Farmers Symposium avait réuni des acteurs venus d’horizons très différents : agriculteurs, chercheurs, universités, biotechnologies, monde politique, investisseurs, entreprises alimentaires, experts réglementaires et organisations de défense du bien-être animal.
Cette diversité est l’un des enseignements majeurs de ces deux journées. Il y a dix ans, peu de personnes auraient imaginé qu’un tel événement puisse avoir lieu. Il y a encore quelques années, la viande cultivée semblait appartenir à un futur lointain. Aujourd’hui, la question n’est plus seulement : « Est-ce possible ? » Elle devient : « Dans quelles conditions, avec quels acteurs et au service de quel modèle alimentaire ? »
Le message le plus fort de ces deux journées est peut-être celui-là : aucune transition alimentaire ne se construira seule. La viande cultivée aura besoin d’un écosystème. Agriculteurs, chercheurs, start-ups, entreprises biotech, pouvoirs publics, investisseurs, universités, organisations de défense des animaux et citoyens devront travailler ensemble si l’on veut éviter que cette innovation ne soit captée par quelques grands acteurs ou développée loin des territoires agricoles.
Ce travail collectif sera aussi indispensable pour construire la confiance. Il faudra expliquer, montrer, dialoguer et répondre aux questions du public. La viande cultivée ne pourra pas se développer uniquement grâce à des avancées scientifiques : elle devra aussi être comprise, encadrée, acceptée et intégrée dans un projet de société plus large.
Une opportunité unique pour les animaux
Le système actuel de production de viande repose sur l’élevage industriel le transport et la mise à mort d’un très grand nombre d’animaux. A l’échelle mondiale, plus de 80 milliards d’animaux sont abattus chaque année. La viande cultivée ouvre une possibilité radicalement différente : produire de la viande à partir de cellules, sans devoir faire naître, élever, transporter puis tuer des animaux à grande échelle.
Pour être pleinement cohérente avec le bien-être animal, la filière devra réduire au maximum le recours aux animaux dans toute la chaîne de production : limiter les prélèvements, , remplacer les composants d’origine animale dans les milieux de culture.
La viande cultivée mérite notre soutien parce qu’elle peut contribuer à réduire massivement la souffrance animale, mais elle doit être développée avec exigence, transparence et cohérence éthique.
Elle ne doit pas non plus être présentée comme une solution miracle. Dans un premier temps, elle ne remplacera pas à elle seule notre système alimentaire. Mais elle ouvre une perspective essentielle : répondre au paradoxe de nombreux consommateurs qui veulent réduire leur impact sur les animaux sans pour autant, renoncer à la viande.
Une première étape, pas un aboutissement
L’inauguration de la ferme de Schipluiden ne signifie pas que la viande cultivée sera demain disponible partout dans les rayons des supermarchés européens. De nombreux défis restent à relever : coûts de production, passage à l’échelle, réglementation, confiance des consommateurs, accès au marché, durabilité des procédés et intégration dans les territoires agricoles.
Mais le 5 juin a montré quelque chose d’essentiel : la viande cultivée n’est plus uniquement un concept. Elle entre dans une ferme. Elle réunit des agriculteurs, des scientifiques, des décideurs politiques, des entreprises et des organisations de défense des animaux autour d’une même table. Elle oblige à penser autrement la production de viande.
Pour GAIA, cette première mondiale est un signal fort. Si elle est développée avec rigueur, transparence et ambition éthique, la viande cultivée peut devenir l’un des outils d’une transition alimentaire plus juste : une transition qui réduit la souffrance animale, diversifie les sources de protéines, crée de nouveaux débouchés pour les agriculteurs et donne aux consommateurs la possibilité de choisir une viande produite sans abattage.
Sources
Pour cet article, le dossier de presse de GAIA a été utilisé, notamment pour la définition de la viande cultivée, le processus de production, le modèle RespectFarms, son intégration au sein d’une exploitation laitière en Hollande-Méridionale ainsi que la position de GAIA concernant la production de viande sans abattage.
Par ailleurs, la contribution de GAIA au Biotech Act a servi de base pour les passages relatifs au modèle européen, à l’importance d’un écosystème ouvert, au rôle des agriculteurs, à la réglementation, à la transparence et aux exigences éthiques.