Un nouveau rapport de l’UE apporte des données scientifiques inédites sur le potentiel de la viande cultivée dans l’Union européenne
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Le nouveau rapport du Comité économique et social européen (CESE) sur les protéines animales cultivées apporte un éclairage nouveau sur la place que pourrait occuper la viande cultivée dans le secteur agroalimentaire européen. Cette analyse indépendante, intitulée Impacts of the development of cultured animal proteins on the sustainability of the agri-food sector in the European Union (2025), étudie les perspectives environnementales, économiques, sanitaires et éthiques de ce secteur en pleine croissance. Le document souligne une série de bénéfices potentiels pour l’Union européenne qui méritent l’attention des responsables politiques et des acteurs impliqués dans la transition alimentaire.
Un potentiel environnemental démontré
Les études scientifiques rassemblées par le CESE montrent un consensus croissant sur les bénéfices environnementaux de la production de viande cultivée. Les analyses du cycle de vie disponibles indiquent que cette technologie consomme moins de ressources naturelles – notamment la terre et l’eau – et émet moins de gaz à effet de serre que l’élevage conventionnel dans de nombreux scénarios.
La réduction du méthane, du protoxyde d’azote et des émissions liées au changement d’usage des terres s’avère cruciale, en particulier pour le bœuf. L’étude de Sinke et al. (2023), fréquemment citée dans le rapport, montre par exemple que l’absence de fumier entraîne une chute nette des émissions d’ammoniac, limitant indirectement la formation de particules fines – un enjeu majeur de santé publique. Selon Hanna Tuomisto, chercheuse à l’Université d’Helsinki, une comparaison entre l’énergie nécessaire à l’élevage et celle utilisée pour produire des aliments d’origine animale indique que la viande cultivée requiert moins d’énergie.
Un fort potentiel pour le bien-être animal
Sur le plan éthique, le rapport souligne que les protéines animales cultivées offrent un potentiel considérable en matière de bien-être animal. La viande cultivée permet en effet de produire des protéines animales sans tuer d’animaux. Le document insiste sur le fait que cette approche répond à une demande sociétale croissante pour des produits plus responsables, éthiques et transparents.
Ces conclusions confirment que la viande cultivée constitue une voie crédible pour réduire la souffrance animale, dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’origine et aux méthodes de production des aliments. Le rapport cite notamment des données du BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) de 2024, selon lesquelles une large majorité des citoyens européens considère le bien-être animal comme une priorité, demande plus de transparence et soutient des politiques favorisant des méthodes de production plus respectueuses des animaux. Dans cet élan sociétal, la viande cultivée apparaît comme une réponse cohérente aux attentes éthiques des consommateurs.
Innovation, souveraineté alimentaire et perspectives économiques
Le CESE souligne que la viande cultivée peut contribuer à diversifier les sources de protéines animales sur le marché européen et s’inscrire dans une stratégie plus large de souveraineté alimentaire.
Le développement d’une filière européenne stimulerait l’innovation en biotechnologie et en production cellulaire, créerait des emplois qualifiés et réduirait la dépendance aux importations alimentaires.
Le rapport accorde également une attention importante aux aspects sanitaires. Les études analysées suggèrent que la production de viande cultivée pourrait réduire les risques de contamination, les interactions avec des animaux vivants étant limitées et les phases d’abattage supprimées. Manning et al. (2023) évoquent un potentiel de réduction des zoonoses, des agents pathogènes d’origine alimentaire et de la résistance aux antibiotiques.
Selon un rapport de l’USDA Economic Research Service (2024), les risques de contamination demeurent théoriquement plus faibles que dans les systèmes agricoles actuels, même lorsque des agents antimicrobiens sont ajoutés au milieu de culture, grâce au contrôle strict des environnements de production.
Sur le plan géopolitique, le CESE avertit que l’Europe risque de prendre du retard face aux pays où la commercialisation est déjà autorisée ou en cours. Le rapport cite des experts appelant à davantage d’investissements publics pour éviter la fuite des talents, soutenir les entreprises européennes et garantir des programmes de recherche indépendants.
Certains chercheurs notent qu’il pourrait devenir possible à terme de produire certains intrants directement dans les exploitations agricoles, ouvrant de nouvelles opportunités économiques, notamment dans la fourniture d’ingrédients pour les milieux de culture.
Évolution des perceptions sociales en Europe
Les études citées montrent globalement une attitude neutre à légèrement favorable dans les pays scandinaves, avec un soutien plus marqué chez les jeunes, les personnes plus instruites et celles sensibilisées aux enjeux climatiques. En Finlande, les recherches indiquent que la réduction de l’impact climatique est l’un des arguments les plus convaincants pour les consommateurs favorables à la viande cultivée.
Le rapport insiste sur la nécessité d’un débat public basé sur des données fiables, d’autant plus que certains pays, comme l’Italie, ont tenté d’imposer des interdictions préventives avant même la mise sur le marché de ces produits. Selon le CESE, de telles mesures ne sont pas justifiées et les consommateurs doivent pouvoir découvrir ces aliments, à condition qu’ils répondent aux exigences de sécurité.
Une opportunité qui demande accompagnement et approfondissement
Pour les acteurs qui œuvrent à une transition vers un système alimentaire davantage respectueux du bien-être animal, dont GAIA, ce rapport européen constitue une source précieuse pour approfondir la réflexion sur le potentiel de la viande cultivée. Son développement futur dépend cependant de la volonté politique et de la capacité des décideurs à adopter des choix cohérents et éclairés.
Le CESE considère la viande cultivée comme une opportunité prometteuse, offrant de nombreux atouts potentiels. Le défi consiste désormais à accompagner cette évolution de manière rigoureuse, transparente et sûre, afin que les consommateurs européens puissent découvrir ces produits sans préjugés.